Rectify, ce moment de grâce

© Sundance Channel

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Condamné à mort à 18 ans pour le meurtre de sa petite-amie, Daniel Holden est libéré lorsque l’analyse ADN des preuves sont remises en question.  Alors qu’il se prépare à mourir depuis 19 ans, Daniel, maintenant âgé de 37 ans, doit réapprendre à vivre dans sa petite ville de Georgie entouré de sa famille et où chacun a une idée sur sa culpabilité. 

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A la lecture du pitch de Rectify, j’ai tout de suite pensé à Prison Break (Oui, oui, il y en a encore qui pensent à PB). Les tatouages et le génie de Michael Scofield en moins. Je pensais déjà que la série suivrait Daniel Holden, visiblement victime d’une injustice, se battre pour sa réhabilitation et résolu à faire tomber les coupables du meurtre de sa petite amie. Si Prison Break était une série vitaminée, enivrante,  assénant  cliffhangers et autres retournements de situations jump the shark à tout-va (souvenez-vous du destin de Sara Tancredi), Rectify se situe dans un registre bien plus subtil et abouti.

Après 19 ans d’emprisonnement en 37 ans de vie, la prison constituait la vie normale de Daniel Holden. Grâce à ses habitudes (sa « routine » comme il dit), le  yoga et les lectures, le jeune homme était parvenu à atteindre une paix intérieure. Il a appris à vivre comme il devait vivre, ne faisant de son enfermement un détail, tout comme un handicap n’empêche pas de vivre une vie normale. Une fois libéré, il va devoir composer avec les vicissitudes des relations humaines, avec – et surtout – sa famille dont les membres sont à la fois, ses alliés les plus proches et de purs étrangers : sa sœur, Amantha (merveilleusement jouée par Abigail Spencer) entièrement dévouée à  son frère, sa mère impuissante devant un fils qu’elle avait délaissé (et sans doute déjà enterré) et le fils de son beau-père, Ted, stéréotype du redneck, vulgaire et jaloux de Daniel.

Le vrai tour de force de Rectify est de réussir à rendre compte du malaise et du flottement qui règne autour de Daniel. Ce dernier ne sait pas comment réagir face à ses interlocuteurs qui attendent tous quelque chose de lui et/ou ont déjà une opinion toute faite sur lui. De l’autre côté, les autres personnages doivent composer avec cet étrange jeune homme, un peu marginal qu’il va falloir réintégrer (ou pas) dans leur communauté.

A l’image de cette tension, les mots qui reviennent le plus dans la bouche de Daniel Holden et de sa famille sont « I don’t know ». Comme s’ils étaient en improvisation dans leur relation les uns aux autres. De même, le silence est une « musique » omniprésente tout au long de ces 6 épisodes. Il y a les silences entre les répliques et les silences « d’ambiance ». Ceux qui signifient  le vide et « disent » ce que les personnages ne parviennent pas à dire avec des mots.

En soi, dans un paysage fictionnel toujours en surenchère, à la recherche de la meilleure intrigue, de la meilleure blague, du meilleur cliffhanger, rythmé par l’avènement de la violence (Hannibal, The Following et les autres), Rectify est un moment de grâce. Dans cet univers de silences, de gestes avortés et de paroles maladroites, tout reprend du sens et de la valeur. Le seul défaut que l’on pourrait trouver à cette première production de Sundance Channel est de ne proposer que 6 épisodes. Mais là encore, Rectify n’en est que plus précieuse.

JM

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