Buffy ou la subtilité de l’Halloween à l’envers.

Vous aurez peut-être l’occasion de remarquer qu’on aime beaucoup Buffy. Pas comme les gens cools qui aiment Buffy maintenant. Nous on aimait Buffy quand on avait des bagues et des boutons  et que c’était encore la honte d’aimer Buffy. Avant que le Télérama lui accorde un « T » en se repentant un peu tard d’être passé à côté de tant de génie iadi iadi iada.

Puisqu’aujourd’hui c’est Halloween et que tout le monde s’en fout, je me suis rappelé de tous ces bons épisodes spéciaux que Joss (on s’appelle par nos prénoms, ne soyez pas jaloux) nous avait concoctés pour faire plaisir aux vendeurs de Candy Corn, à la WB puis à UPN à l’approche du 31 octobre. Ça a l’air facile de faire un épisode d’Halloween au pays des vampires et des sorcières. L’épisode serait juste un peu plus effrayant que d’habitude. Sauf que puisque Joss aime les challenges, il avait sa règle à lui.

A Sunnydale, Halloween est le jour de repos pour les monstres : la trêve entre les vivants et les morts. Joss avait bien fait ses recherches, comme toujours. L’origine irlandaise de la fête d’Halloween, habilement située juste avant la fête des morts, avait pour but de faire croire aux esprits que l’on était déjà passé dans l’au-delà en se déguisant comme eux pour que ceux-ci laissent les vivants tranquilles. De la même manière, les vampires, zombies et autres démons laissent les habitants de Sunnydale prendre leur place le 31 octobre.

Tout au-long des sept saisons de la série, Buffy nous propose trois visions d’Halloween où la terreur est semée, comme bien souvent, par les humains ou par des vampires mal disciplinés. Et comme bien souvent, le surnaturel des épisodes n’est là que pour mieux parler de la nature des personnages et régler leurs conflits.

Dans la deuxième saison, Joss trouve une manière de mettre en avant la vraie signification d’Halloween chez les adolescents : se débarrasser de ses inhibitions et devenir, le temps d’une nuit, ce que l’on ne sera jamais. Par un tour de passe-passe, les jeunes de la ville deviennent la personnification des costumes qu’ils avaient choisis. Ainsi, Buffy, jalouse des nombreuses femmes qu’Angel a connu dans sa jeunesse devient une noble donzelle européenne façon 18ème siècle, ou l’idée que se fait Hollywood d’une noble donzelle européenne du 18ème siècle, Xander, fatigué d’être sans arrêt émasculé par Buffy se transforme en Rambo pour une nuit et c’est à lui de lui venir en aide, tandis que Willow, n’osant pas se déguiser en catin pour attirer Xander choisit un costume de fantôme, ce qu’elle devient, montrant à tous la tenue plus que sexy qu’elle cachait sous le drap blanc. Chaque personnage se trouve grandi par l’aventure et redevient ce qu’il a toujours été. La leçon que Joss semble nous donner est que l’on a parfois seulement besoin d’un faux magicien d’Oz pour se rendre compte que l’on avait depuis le début ce que l’on voulait plus que tout : que ce soit du courage, un cerveau, un cœur ou une tenue de catin.

Pour la quatrième saison, nous retrouvons des personnages pleins d’incertitudes. Une fois encore, c’est un sort humain qui tourne mal et chacun d’entre eux, en entrant dans une maison hantée, se retrouve seul et confronté à son pire cauchemar. La solitude, l’exclusion, la perte de contrôle… Et c’est toujours avec humour que Joss laisse ses jeunes se battre avec leurs insécurités.

Enfin, dans la sixième saison, c’est l’insupportable Dawn qui a besoin d’être secourue d’un vampire qui a décidé que la trêve n’était que pour les blaireaux. Rappelés à l’ordre par Spike, les faux rebelles sont vite réduits en poussière.

Spike: It’s Halloween, you nit. We take the night off. Those are the rules.
Vamp: Me and mine don’t follow no stinkin’ rules. We’re rebels.
Spike: No, I’m a rebel. You’re an idiot. Give the lot of us a bad name.*

(*Spike : C’est Halloween, crétin. Prend une nuit de congé. C’est les règles.
Vamp : Moi et les miens, on ne respecte pas ces règles de merde. On est des rebelles.
Spike : Non, je suis un rebelle. Tu es un idiot. Tu nous donnes à tous une mauvaise réputation)

Car si Joss Whedon aime les rebelles, il n’aime pas les Hooligans. Et à l’occasion de son arrivée sur le nouveau Network UPN en 2001, il était temps de redéfinir les règles : à Halloween ou à Noël, à Sunnydale ou ailleurs, ce ne sont pas les monstres les plus effrayants à l’adolescence mais ces êtres qui font naître et développent en chacun les plus profondes angoisses et insécurités.

La minute Fan girl : Les épisodes mentionnés sont S02e06 « Halloween », S04e04 « Fear Itself » et S06e06 « All the Way ». On peut en voir des bouts là :

Joyeux Halloween les copains.

A.P.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s