Ainsi soient-ils ou le jour où j’ai (volontairement) regardé une série française sur les prêtres…sur Arte

En général, le jeudi soir, j’ai le choix entre le programme de prime time de TF1 (tant qu’il s’agit de Masterchef, hein, pas quand c’est R.I.S) ou voir un épisode d’une de mes séries préférées (qui vit, injustement ses dernières heures), en replay. Or, ce jeudi d’octobre, je décide de regarder la série de rentrée d’Arte, Ainsi soient-ils. Il faut dire que le cadre de la série et la polémique des affiches dans le métro parisien (la RATP a refusé d’afficher la photo promotionnelle de la série) avait suffi à aiguiser ma curiosité.

Le pari était osé : parler de l’Eglise à 20h50 autrement que dans un documentaire où des prêtres auraient réaffirmé la force de leur foi et promis que le vœu de célibat n’est pas un problème et que de toute façon, l’amour de Dieu suffit amplement à leur bonheur et que…etc…etc..

Fictionnaliser l’Eglise catholique en montrant des personnages imparfaits et des luttes d’influence n’était pas évident. La série d’Arte se révèle être une bonne surprise.

Passé l’assourdissant chant grégorien des premières minutes qui plante le décor du séminaire des Capucins, on comprend vite que ces hommes qui ont répondu à l’appel de Dieu sont, en réalité, perdus. Ou en quête d’eux-mêmes. Ou d’une chose à laquelle croire.

Rivalités, ambition politicienne, orgueil, désignation d’un bouc émissaire (et probablement la question du sexe dans les prochains épisodes), la série écorne l’image d’une institution pacifique, guidée par la bonne parole. La scène où le communicant cherche un thème de campagne et une signature pour l’élection des cardinaux à laquelle Monseigneur Roman (l’excellent Michel Duchaussoy) est candidat est particulièrement réussie.

De plus, on se réjouit de voir que, pour la première fois, l’Eglise est représentée dans la vie moderne. Les seules représentations dont nous disposions étaient celles des séries Borgia ou The Tudors, décors où le pouvoir ecclésiastique était étroitement lié au politique. Dans une France post 1905, les jeunes séminaristes ont des problèmes de famille, ne passent pas leur temps en robe et savent même faire la fête comme on le voit lors de la scène de l’anniversaire de la petite sœur de Guillaume. Loin des clichés des hommes ne vivant que pour et dans leur foi, on voit des jeunes hommes qui vivent dans le monde et qui auraient choisi le chemin du séminaire dans un moment de doute plus que par réelle conviction…

Les six prochains épisodes devraient nous éclairer. Jusqu’à présent, la production française s’était aventurée sur le terrain de deux autres sujets délicats (avec plus ou moins de réussite) : la politique (l’Etat de Grâce, les Hommes de l’ombre sur France 2) et le sexe (Maison Close sur Canal +). L’exploration des arcanes de l’Eglise me semble être la plus réussie de cette trinité taboue.  Cela fait plaisir de voir une série française bien produite, bien écrite et plus – que – bien jouée (ai-je dit que Michel Duchaussoy était très bon dans le rôle du carriériste Monseigneur Roman…). La série souffre d’un rythme parfois lent et la tentation de tomber dans la facilité n’est jamais loin mais cela reste une bonne réalisation pour une série française.

Minute Midinette : Les cinq acteurs de jeunes séminaristes étant charmants, j’ai hâte de les voir douter et vaciller pour la chair. (Pour ceux qui seraient choqués, je rappelle que sur la fameuse affiche interdite par la RATP, on voit une main de femme sur une soutane donc, bon…)

Minute communicante : Je vous invite à aller sur le site arte.tv pour consulter les pages consacrées à la série et surtout « le baromètre de la foi », qui jauge le niveau d’engagement de chaque personnage après chaque épisode. A la fin du 2ème épisode, la barre de certains personnages est déjà bien entamée.

L’élite sacerdotale du séminaire des Capucins sera tourmentée ou ne sera pas…

JM

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